Le mot du jour : les démêlés

La langue française a ses raisons … qui sont parfois difficiles à comprendre.

Dans un texte de compréhension écrite, un étudiant trouve la phrase suivante : “Robert a eu des démêlés avec la justice.”  Il lève le nez de sa feuille, me regarde et me demande (je retranscris notre échange) :

  • “Cela signifie quoi ? Que Robert a résolu ses problèmes avec la justice ?”
  • “Non, mais pourquoi tu dis ça?”
  • “Parce que démêler, ça pourrait être le contraire d’emmêler, c’est comme démêler des fils qui sont emmêlés. Donc, je crois comprendre que s’il a eu des démêlés, ça signifie que ça va mieux après une péridode d’emmêles …
  • “Des problèmes, tu veux dire, on dit aussi des embrouilles en langage familier.
  • Oui c’est ça, des embrouilles mais ça s’est démêlé, donc c’est résolu, ça va mieux !”

Après l’avoir félicité pour sa logique et sa réflexion, je lui dis :

  • “C’est très bien pensé, mais désolé … la langue française n’est pas si logique malheureusement !”

Avoir des démêlés (on utilise le mot au pluriel dans cette expression) est une situation conflictive ou compliquée qu’on peut avoir avec une administration (la justice ou la police) quand on a un problème à résoudre et que les parties impliquées doivent trouver une solution. Mais les démêlés ne sont pas exclusivement réservés aux administrations, on peut aussi en avoir avec un voisin par exemple (et les motifs de conflit ne manquent pas avec un voisin !).

Au sens littéral, le verbe démêler signifie effectivement (comme mon élève me l’avait fait remarquer) qu’on défait, qu’on sépare quelque chose d’emmêlé (comme les câbles sur la photo ci-dessous) ou qu’on cherche à résoudre un problème. On démêle le vrai du faux quand on tente de séparer les vérités des mensonges dans une histoire ou une information.

emmeler les cables

L’action contraire de démêler c’est donc emmêler. On emmêle des câbles ou des fils quand on les range tous dans un même tiroir, on emmêle quand on complique quelque chose.

À la forme pronominale, on s’emmêle les pinceaux quand on est particulièrement maladroit dans une situation donnée. Dans cette expression, les pinceaux ne font pas référence aux pinceaux du peintre mais désignent en langage familier les jambes tout comme cannes, gambettes, guiboles, quilles et bien                                                                  d’autres : http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr/JAMBE/fr-fr/

Emmêler et démêler sot formés à partir du verbe mêler (qui provient du latin miscere qui a également donné mélanger).

On retrouve mêler dans quelques expressions courantes telles que :

  • se mêler des affaires de quelqu’un quand on veut tout savoir sur quelqu’un et que l’on pose trop de questions ! Dans ce cas, la personne gênée par notre indiscrétion pourrait nous demander : “De quoi tu te mêles ?”
  • on peut aussi être mêlé dans une affaire, c’est-à-dire être impliqué dans une affaire.

Enfin, les amateurs de rugby savent très bien que la mêlée (voir photo ci-dessous) fait référence à une situation de jeu où “au signal de l’arbitre, les packs des deux camps se lient : les deux premières lignes s’emboîtent l’un dans l’autre, épaule contre épaule” (Wikipedia, la mêlée). 

mêlée

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L’expression du jour : gravir les échelons

L’expression du jour s’utilise dans des domaines très variés mais en résumé, on peut dire qu’on gravit des échelons dans un projet de carrière, que ce soit au sein d’une entreprise ou d’une autre structure. Les sportifs ou les artistes peuvent aussi gravir les échelons quand leur carrière prend une pente ascendante.

gravir les échelons

Cela signifie que l’on franchit les étapes, les obstacles qui se présentent à nous dans l’espoir d’atteindre le sommet.

Le verbe gravir est synonyme de grimper, de monter péniblement, avec effort. On gravit une montagne ou un col (par exemple à vélo pour les coureurs du Tour de France) lorsque l’ascension est pénible ou difficile.

Le mot échelon, qui partage la même origine que les mots “escalier” et “échelle”, désigne une marche ou la traverse de bois des échelles. On utilise d’ailleurs le verbe “échelonner” comme synonyme de diviser et de répartir progressivement quelque chose : on échelonne des étapes ou des difficultés afin de rendre un travail moins lourd, on échelonne un paiement sur plusieurs années pour permettre au débiteur de payer sa dette plus facilement.

 

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Apprendre une langue grâce à la télé

J’ai récemment rédigé un article pour le magazine en ligne Babbel Magazine dans lequel j’explique comment j’ai fait beaucoup de progrès en espagnol grâce à la télévision : https://fr.babbel.com/fr/magazine/5-raisons-de-regarder-la-tv-a-l-etranger

La télé m’a en effet permis d’enrichir mon vocabulaire, d’améliorer considérablement mon niveau de compréhension orale (en effet, la télé nous permet d’être en contact avec des registres de langues très divers) mais aussi, de manière indirecte, d’avoir une maîtrise plus naturelle et vivante de la langue espagnole.

mater la télé

Même si ce n’est pas un remède miracle pour apprendre une langue (je l’ai entendu dire ou lu plusieurs fois mais j’ai encore du mal à croire que l’on puisse apprendre une langue qu’à travers la télé), je trouve que c’est un excellent moyen de compléter ou de renforcer nos connaissances et par la même occasion, d’en connaître plus sur les traditions et coutumes d’un pays.

J’espère que ces conseils aideront les apprenants d’une langue étrangère á tirer un profit maximum du temps passé devant la télé !

Bertrand.

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Akira Mizubayashi et le langage familier

Un jeune Japonais tombe amoureux de la langue française au point qu’il prend la décision de quitter son pays et de partir à l’aventure. Étudiant sérieux, appliqué et totalement plongé dans l’étude de la langue de Molière, il atteint un niveau de maîtrise parfaite du français … Sauf que le langage familier et certaines tournures propres au langage parlé lui résistent encore.

Il a par exemple énormément de mal à employer les tournures affectives précédées du possessif : “mon chéri”, “ma puce”, “ma biche” (très utilisées en français et d’une immense varitété mais qui n’existent pas en japonais) et même si l’argot le passionne et qu’il adore la sonorité de certaines expressions argotiques, lui, étudiant studieux, ne parvient pas à se les approprier totalement.

Est-ce que, dans le cas de cet écrivain, on peut parler de limites (dans son cas, c’est assez osé de parler de “limites”) ou de différences culturelles tellement importantes qu’elles sont insurmontables ? Selon lui, ce serait plutôt une décision propre, c’est-à-dire qu’il a volontairement décidé de rester en marge de l’argot, de ne pas y toucher (l’argot, c’est pour les natifs !).

Le cas de Mizubayashi et la lecture de son roman “Une langue venue d’ailleurs” (lecture passionnante) m’ont aussi amené à me demander si l’utilisation courante et surtout adéquate des familiarités de la langue démontrent une maîtrise supérieure de cette langue ou s’il y avait tout simplement des personnes plus aptes à les utiliser rapidement et au bon moment ?

Il faut néanmoins être prudent avec l’utilisation de ces familiarités qui peuvent être une arme à double tranchant. Si elles sont utilisées au bon moment, on impressionne mais si au contraire, on se rate, on devient vite grossiers, maladroits ou même parfois ridicules.

invectives capitaine haddock

En utilisant ce langage, on cherche à éviter un langage trop ampoulé, trop figé qui peut fatiguer le locuteur natif alors qu’on cherche justement l’inverse quand on vit dans un autre pays : on cherche à s’adapter et à démontrer aux natifs qu’on est parfaitement capables de saisir les nuances de sens et les différences de registres de langues propres à chaque langue.

 

 

 

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Cours en entreprise : pièges et conseils

Je donnais des cours en entreprise depuis trois ans. Lors d’un entretien de travail, la directrice d’une école de langues me posa une question qui, sur le coup, me semblait être une question piège : “Es-tu capable d’improviser un cours ?” Peut-être qu’en disant “oui” trop rapidement et en étant trop sûr de mon fait, elle allait penser que c’était une de mes habitudes favorites et que le bus ou le métro étaient mes lieux de prédilection pour préparer un cours !

Avec le temps et les années d’expérience en entreprise, je me suis rendu compte que cette question était très pertinente car un cours en entreprise est bien souvent à des années-lumière de ce qu’on avait prévu.

Voici donc cinq pièges que j’ai rencontrés et comment, au fil du temps et après quelques déboires, j’ai appris à les esquiver …

1- Les changements de salle :

Vous êtes ravi, vous avez bien préparé votre cours, vous savez désormais que vous pouvez utiliser le projecteur flambant neuf que la boîte vous laisse gentiment pour vos cours et là, surprise, on vous annonce à votre arrivée que la salle est occupée par une réunion qui n’était pas prévue la veille … On vous invite aimablement à faire votre cours dans une salle sans fenêtre, sans projecteur, ni écran télé. Quatre murs, une table, trois chaises …

Mon conseil : sauf si vous êtes certain de toujours pouvoir compter sur le même matériel, essayez de prévoir des activités de secours : des photocopies, des jeux de rôle, voire des p’tites dictées (votre petite vengeance pour le coup de la réunion pas prévue) …

2- Les nouvelles têtes en cours de route :

Tout va bien, votre groupe de quatre/cinq élèves tourne bien, leur niveau est homogène, leur progression aussi, bonne ambiance pendant les cours. Un beau jour, on frappe à votre porte et la responsable de formation vous demande gentiment (comment lui dire non ?) d’intégrer un nouvel élève dans votre groupe. L’élève est caché derrière la responsable et vous regarde de ses yeux implorants … ou menaçants ! Et vous vous demandez bien comment vous allez caser la nouvelle recrue.

Mon conseil : faites comprendre dès le début au nouvel élève que, même si vous ferez tous les efforts possibles pour faciliter son intégration (par exemple en lui consacrant plus de temps ou en lui donnant des exercices supplémentaires), il devra aussi en mettre du sien. Profitez-en aussi pour demander aux anciens d’expliquer au nouvel arrivant ce qu’on a fait pendant les premiers cours. Non seulement cela renforcera l’esprit d’équipe mais cela vous permettra aussi de voir où en sont les autres.

3- Tensions au travail :

Non, vous n’êtes pas spécialement parano mais vous sentez quand même qu’il y a une chose qui ne tourne pas rond dans ce groupe. Vous êtes presque certain que si vous deviez les laisser entre eux quelques minutes, on entendrait les mouches voler ou les manuels de français voler ! Impossible à deviner ce qui se passe étant donné que vous ne passez que quelques heures par semaine dans l’entreprise. Et quand on sait que les indiscrets ne sont jamais les bienvenus, inutile de chercher à en savoir plus …

Mon conseil : on peut évidemment parler du fonctionnement et de l’activité de l’entreprise de manière globale et impersonnelle mais évitez d’entrer dans la sphère privée. Le type de question : “Alors, bonne ambiance au boulot ?” ou les phrases du type “Tu n’as eu que deux semaines de vacances cette année !” sans parler des allusions maladroites aux salaires ne mettent jamais les élèves à l’aise parce que cela peut impliquer plus d’une personne présente dans la salle.

Et brisez la glace, faites-leur faire des jeux, peut-être qu’avec un peu de bonne volonté, ils laisseront les tensions de côté, ne serait-ce que le temps du cours !

4- Les annulations :

Le cours vient de se terminer, vous rangez vos affaires, un de vos élèves qui plie aussi bagage vous dit d’un ton tranquille: “Ah, au fait, on ne se reverra pas d’ici trois semaines !” Vous faites semblant de prendre ça à la légère, vous lui dites que ce n’est pas grave mais au fond de vous-même vous bouillez car voilà votre calendrier totalement décalé et vos objectifs revus à la baisse.

Mon conseil : notez ce que vous faites après chaque cours, archivez tout, cela vous évitera de vous y perdre. Si plusieurs semaines se sont écoulées depuis le dernier cours, un petit rappel de la dernière séance à votre retour ne fera pas de mal. Cela permettra de renouer le lien et de repartir sur de bonnes bases.

5- Le manque de motivation :

Vous êtes motivé, vous êtes plein de bonne volonté, dynamique, enthousiaste, vos activités sont impeccables mais votre motivation ne trouve pas d’écho … Tous les élèves ne vont pas en cours parce qu’ils en meurent d’envie ou parce qu’ils rêvent en français ! Beaucoup le font par obligation professionnelle et c’est une chose que nous devons tous assumer !

Mon conseil : Essayez de leur faire voir le bon côté des choses, ils ont la chance de pouvoir apprendre une langue nouvelle et l’entreprise leur paie (normalement) les cours ! Et n’imposez pas les devoirs à la maison sauf s’ils le demandent. Essayez d’être compréhensif : même s’ils apprécient vos cours, le français n’est pas toujours leur priorité !

 

 

 

 

 

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“À l’arraché” ou “à l’arrache” ? (+ autres expressions)

On m’a souvent demandé la différence entre ces deux expressions qui proviennent du même infinitif, le verbe arracher, mais qui s’utilisent dans des contextes différents.

Avant toute chose, il faut préciser qu’à l’arrache est informel alors qu’à l’arraché ne l’est pas.

– On obtient quelque chose à l’arraché lorsqu’on l’obtient de manière inespérée. Par exemple, les deux partis sont parvenus à un accord à l’arraché. Ou le cycliste a remporté le sprint à l’arraché.

à l'arrachée

– On fait quelque chose à l’arrache lorsqu’on le fait à la dernière minute et généralement de manière bâclée, peu soignée. À l’arrache est synonyme de “au dernier moment”, “à la hâte” (très formel).

Précision importante : l’arraché est un nom masculin qu’on emploie notamment en haltérophilie. On le trouve souvent mal écrit au féminin. Pour plus d’infos : http://parler-francais.eklablog.com/a-l-arrache-e-a83637968

On trouve le verbe arracher et des dérivés de ce verbe dans d’autres expressions courantes.

un vol à l’arraché : si le “volé” a l’objet dans la main pendant que le voleur essaie de le lui subtiliser, on parle de vol à l’arraché. Très courant lorsque les voleurs sont à moto par exemple.
(avoir envie de) s’arracher les cheveux : devenir fou dû à une situation stressante ou très désagréable
s’arracher : verbe plutôt démodé qui signifie partir, s’en aller. À la mode il y a une vingtaine d’années mais de moins en moins utilisé dans ce contexte. Cependant, on utilise encore s’arracher dans un contexte sportif mais avec un sens différent: le sprinter s’est arraché dans les derniers mètres pour gagner la course (le sprinter n’est évidemment pas parti ! Il a tout donné, il a puisé dans ses réserves pour gagner la course).
être menteur comme un arracheur de dents : mentir sans aucun scrupule (voici l’origine de l’expression : http://www.linternaute.com/expression/langue-francaise/95/mentir-comme-un-arracheur-de-dents/)

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L’expression du jour : l’âge mental ( + l’âge dans les expressions courantes)

L’âge mental s’oppose à l’âge biologique.

On parle d’âge mental pour parler de la maturité d’une personne, de sa capacité à se comporter de manière mûre et responsable.

La plupart du temps, on utilise l’âge mental de manière péjorative pour parler d’une personne chez qui on observe une différence entre son âge biologique et son âge mental.

On l’utilise beaucoup plus pour dire d’une personne qu’elle n’est pas mûre que pour le cas contraire. En effet, on l’utilise rarement pour parler d’une personne de 15 ans qui est mûre. Dans ce cas, on dira tout simplement que c’est une personne mûre ou en avance pour son âge.

Quelques expressions avec l’âge :

l’âge bête : se réfère en général à l’âge adolescent. Même si tous les adolescents ne sont pas bêtes, c’est quand même l’âge où l’on ricane bêtement, où l’on fait des chuchoteries, où l’on rougit pour un rien, d’où cette définition parfois fidèle à la réalité !

le bel âge : se dit en général de la jeunesse.

– le troisième âge : les personnes du troisième âge sont les personnes âgées.

grand mère

faire son âge / ne pas faire son âge : on dit d’une personne qu’elle fait son âge si son apparence correspond à son âge biologique. On l’emploie généralement pour dire que cette personne est marquée par l’âge, qu’elle ne fait pas jeune. Au contraire, on dit d’une personne qu’elle ne fait pas son âge si elle semble plus jeune.

être en âge de : avoir l’âge pour. Par exemple, “à 18 ans, il est en âge de travailler et de se marier” = il a l’âge pour travailler et se marier.

“C’est l’âge !” : Interjection qui sert à utiliser l’âge comme excuse lorsqu’on fait une erreur.

Pour terminer, j’aimerais revenir sur l’adjectif âgé qui pose problème à plus d’un élève. Même si l’on parle effectivement de personnes âgées pour parler des personnes d’âge avancé, l’adjectif âgé peut s’appliquer à n’importe quelle personne. Par exemple, je peux parler d’un enfant âgé de 5 ans ou dire que je suis plus âgé que mon frère (même si je ne suis pas une personne âgée !).

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