“Un hiver à Majorque”, George Sand

Hiver 1838-1839. L’écrivain George Sand (Aurore Dupin de son vrai nom) se rend sur l’île de Majorque en compagnie de ses enfants et du pianiste Frédéric Chopin avec qui elle entretient une relation depuis l’été 1938.
Ce séjour à Majorque a lieu dans des conditions très particulières puisque Chopin, malade depuis quelque temps, vient à Majorque pour se soigner. En fin de compte, l’hiver pluvieux et froid de 1838 ne fera qu’aggraver son état de santé et donnera lieu à un départ précipité de toute la famille. Chopin profite néanmoins du calme de la Cartuja (Chartreuse), le monastère dans lequel la famille loge à Valldemosa, pour composer ses vingt-quatre préludes pour piano.

Trois ans avant d’atterrir à Majorque, Un hiver à Majorque a constitué ma première prise de contact avec l’île. Plusieurs fois depuis le mois de juin, les lignes de Sand me sont revenues à l’esprit. Notamment lorsque je suis allé pour la première fois à Valldemosa, ce village élégant et perché (400 mètres d’altitude) dans la vallée de la Tramontane et où le souvenir du séjour de Chopin et Sand reste palpable.

Ou encore lorsque j’entends mentionner le cap de Formentor, au Nord de l’île. Dans un passage très beau et intense, Sand écrit qu’on a l’impression que le monde s’y termine et que le ciel s’y confond avec la mer.

Sand a parfaitement capté la particularité de cette île: Majorque offre, sur un territoire plutôt réduit (une superficie de 3 625,75 km2, soit la même que le département du Rhône) une palette étonnamment variée de paysages (montagne, plages, calanques, beaux villages d’intérieur) et d’influences diverses (arabes et italiennes entre autres).

Mais dans Un hiver à Majorque, ce qui surprend, il faut bien l’avouer, c’est le parti pris de George Sand contre les autochtones! Elle n’y va pas de main morte envers les majorquins et on a quand même l’impression qu’elle les prend un peu de haut…
Modeste bloggueur, je me permets quand même de nuancer certaines critiques qui, étant donné l’époque et la situation, sont à prendre avec du recul.

– Elle revient de manière insistante sur le manque d’infrastructures et le retard technique des majorquins à la fin du XIXème siècle. Attitude surprenante de la part d’une personne qui a consacré une bonne partie de sa carrière littéraire au monde paysan (La mare au diable, La petite Fadette) et qui venait elle-même d’une région tournée vers l’élevage et l’agriculture (le Berry).
Le couple s’était connu et vivait à Paris. On comprend que Sand se soit sentie isolée en arrivant à Majorque mais les conditions matérielles ne devaient pas être très différentes dans une région comme le Berry ou plus probablement encore sur une île (par exemple la Corse de Merimée dans l’excellent Columba).

– Par ailleurs, on peut avoir quelques réserves quant au degré d'”immersion” dans lequel s’est déroulé le séjour. On peut supposer qu’une écrivain et un musicien qui avaient déjà connu le succès à l’époque voyageaient dans de très bonnes conditions matérielles, probablement avec une petite suite et que les contacts avec les gens de l’île aient été très limités et superficiels, d’autant plus que ni Sand ni Chopin ne comprenaient le majorquin.

– Enfin, et je pense réellement que c’est ce qui a le plus conditionné le séjour et en conséquence la teneur générale du livre, on ne peut douter que la maladie de Chopin ait eu une influence prépondérante sur le déroulement du séjour. Tout va de travers! La Cartuja est venteuse et humide, certains chemins sont rendus boueux et glissants par les averses, Chopin, nerveux, attend avec impatience un piano qui tarde à venir. Chopin avait été envoyé à Majorque pour se soigner et pour se reposer. Il en repartira encore plus malade et fatigué qu’à son arrivée. Majorque est froid et humide en hiver et décidément, la décision d’envoyer une personne malade à Majorque en plein hiver me surprendra toujours! Plus encore si l’on considère que le village de Valldemosa n’est pas facile d’accès (aujourd’hui encore)!

Ce sont ces critiques subjectives et parfois maladroites qui donnent un véritable charme et qui pimentent ce livre.
Je recommande donc Un hiver à Majorque les yeux fermés, peut-être plus encore que ses oeuvres plus connues (La mare au diable par exemple) que je trouve plus convenues et moins exaltantes. Un hiver à Majorque est un très beau livre, un bel hommage à l’île et plus encore un intéressant carnet de voyage.

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4 Responses to “Un hiver à Majorque”, George Sand

  1. eimelle says:

    Je suis en train de lire son Histoire de ma vie, je n’ai pas lu celui-ci, mais je le note pour la suite!

  2. Georges Sand est une auteure que je dois rajouter à ma liste de lectures !

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